Cerises en tous genres
Automne 1975
Jacques Halbert entre à l’École Nationale Supérieure d’Art de Bourges en 1973, après avoir suivi une formation à l’École Brassart de Tours. Peignant déjà depuis plusieurs années, il a, avant même son entrée à l’école, présenté son travail dans différentes expositions en Anjou et en Touraine, notamment à la galerie Jacques Davidson (gendre d'Alexander Calder) à Tours. À cette période, sa pratique picturale est fortement marquée par l’influence de l’École de Paris et par des figures telles que Nicolas de Staël.
Son arrivée à Bourges constitue un moment de rupture. Confronté à une génération d’étudiants attentifs aux évolutions les plus récentes de la création contemporaine, Jacques Halbert prend conscience du décalage entre sa peinture abstraite et les nouvelles orientations artistiques de son époque. Cette remise en question entraîne une suspension presque totale de sa pratique picturale pendant plus d’un an. Durant cette période, il déplace son attention vers d’autres formes d’exploration visuelle et se consacre notamment à la constitution d’une collection d’images populaires. Ce travail, à la fois intuitif et analytique, marque un tournant décisif dans son parcours, ouvrant la voie à une redéfinition de ses préoccupations artistiques et à une transformation progressive de son rapport à l’image.
C’est à cette période qu’apparaît pour la première fois le motif de la cerise dans son œuvre. Les premières occurrences ne prennent pas place sur des supports traditionnels, mais surgissent dans l’espace public, peintes sur une palissade à Bourges. Ce geste, à la fois simple et décalé, marque une inflexion discrète mais décisive. Les cerises migrent ensuite vers la toile. Ces premières cerises ne constituent toutefois pas, à ce moment-là, une décision consciente ou programmatique appelée à structurer l’ensemble de son œuvre future. Elles apparaissent plutôt comme le signe d’une recherche en cours, un motif d’exploration inattendu pour l’artiste lui-même. Par leur simplicité formelle, leur charge symbolique diffuse et leur potentiel de répétition, elles ouvrent un champ d’expérimentation qui ne cessera de se développer par la suite, sans que leur importance ne soit immédiatement perçue.
À la fin de l’année 1975, Jacques Halbert organise sa première exposition à l’École Nationale Supérieure d'Art de Bourges. Cet événement marque également sa première incursion dans le champ de la performance. À l’occasion du vernissage, vêtu en chef cuisinier, il réalise devant le public des tartelettes aux cerises. Par ce geste, il opère un glissement du motif pictural vers une mise en acte, intégrant le registre culinaire à sa pratique artistique. Cette intervention inaugure une dimension performative qui viendra, elle aussi, enrichir durablement son travail.
Main, 1975
Acrylique et graphite sur papier
74,5 x 52 cm
Photographie François Lauginie
Comment peindre une cerise, 1975
Manifeste, 21 x 42 cm
Œuvres réalisées en 1975
186 cerises (murissage), 1975
Acrylique sur toile souple
102,5 x 246 cm
Photographie François Lauginie
Souple, 1975
Acrylique sur toile souple
95 x 382 cm
Photographie François Lauginie
Le merle moqueur, 1975
Acrylique sur toile
50 x 65,5 cm (chaque)
Photographie François Lauginie
Alignement, 1975
Acrylique sur toile
62 x 51 cm
Photographie François Lauginie
Fraise, 1975
Acrylique sur toile
89 x 130 cm
Photographie François Lauginie
Performance de Jacques Halbert lors de son vernissage
ENSA, Bourges, fin 1975
Lors de son vernissage, vêtu en chef cuisinier, Jacques Halbert prépare et offre au public des tartelettes aux cerises. Au même moment, une manifestation traverse la ville. Toujours en tenue, Jacques Halbert distribue ses pâtisseries aux manifestants faisant ainsi discrètement écho au Temps des cerises.
Enfant, Jacques Halbert découvre l’histoire de l’art à travers La Vie Catholique, revue à laquelle ses parents sont abonnés et qui reproduit régulièrement, en double page, de grands chefs-d’œuvre de la peinture classique. En 1975, il décide de s’approprier ces images qu'il conservait depuis l'âge de 12 ans.
Cerise en tout genre, 1975
Acrylique sur reproductions
Dimensions variables
Ma main, 1975