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Projects for paintings

Exposition personnelle, Galerie Emily Harvey, New-York, États-Unis
Avril-mai 1987

Si l’œuvre de Jacques Halbert évoque immédiatement l’image d’un motif, la cerise ne saurait résumer à elle seule l’ensemble de son travail. Cette dernière, née d’une collecte d’images populaires, constitue le point de départ d’une mythologie singulière, où la peinture côtoie les attitudes et la performance. 

Dans une série démarrée en 1985, Projets pour une peinture, Jacques Halbert colle sur la toile une carte postale : la reproduction d’un chef-d'œuvre de l’histoire de l’art, d’un paysage, d’un coucher de soleil. Dans Projets pour une peinture, le paysage de la carte postale collée sur la toile est prolongé par l’artiste et il intègre au premier plan des fruits, des légumes peints dans le style classique de la nature morte. Ces fruits peints composent une image mentale et deviennent les spectateurs silencieux d'un musée imaginaire, à la manière de celui qu’évoquait André Malraux. Mais au-delà de ce jeu de mise en abyme, Jacques Halbert introduit un autre élément : il utilise la toile comme palette, y laissant les traces visibles de mélanges, d’essais de couleurs ou de touches inachevées. Ainsi, la surface du tableau devient un lieu de rencontre entre la reproduction (la carte postale), la peinture et la palette. Face à ces cartes postales — fragments reproductibles d’œuvres célèbres ou d’images triviales — le regard se déplace dans un espace prolongé. Au premier plan, les fruits et les légumes sont peints avec une attention si particulière qu’ils semblent eux-mêmes éclairés par la lumière présente sur la carte postale, presque en contre-jour. Ce geste pictural, discret mais décisif, prolonge l’illusion contenue dans la carte postale tout en créant une cohérence, un lien.

Si cette série démarre à New-York, Jacques Halbert ajoute un nouvel élément à Projet pour une peinture quand il s’installe à Anna Maria Island en Floride en 1989. Le châssis de la toile devient citron, fraise, aubergine ou encore pomme de terre. Cette hybridation entre support et sujet, entre forme et contenu, introduit une nouvelle dimension à l’œuvre : la peinture ne se contente plus de représenter un fruit — elle devient fruit elle-même. La toile, habituellement neutre, devient une partie active du dispositif pictural. En choisissant ces formes, Jacques Halbert transforme la toile en un objet autonome, à la fois tableau et sculpture. Les fruits peints sur un fruit devenu support crée un jeu d’échos entre l’image et sa matérialité, brouillent les frontières entre représentation et incarnation où le motif déborde de la toile.

Vue de l'exposition à la galerie Emily Harvey
Collections privées pour les oeuvres


Peintures de la série “Projet pour une peinture”, 1985-1989 

Projet pour une peinture _ Carnac, 1988
Huile et carte postale sur toile de lin
122 x 86 cm
Photographie François Lauginie

Projet pour une peinture, 1988
Carte postale et huile sur toile de lin
122 x 86 cm
Photographie François Lauginie

Projet pour une peinture _ You deserve Shenley, 1986
Acrylique et huile sur carte postale et carton
88 x 66,5 cm
Photographie François Lauginie


Détails

Projet pour une peinture _ Carnac, 1988
Huile et carte postale sur toile de lin
122 x 86 cm
Photographie François Lauginie

Projet pour une peinture, 1988
Carte postale et huile sur toile de lin
122 x 86 cm
Photographie François Lauginie

Projet pour une peinture _ Sunset Lake Tahoe, 1987
Carte postale et huile sur toile de lin
122 x 86 cm
Photographie François Lauginie

Projet pour une peinture _ Sunset Lake Tahoe, 1987
Carte postale et huile sur toile de lin
122 x 86 cm
Photographie François Lauginie

Projet pour une peinture, 1988
Carte postale et huile sur toile de lin
30 x 23 cm
Photographie François Lauginie

Projet pour une peinture, 1988
Carte postale et huile sur toile de lin
30 x 23 cm
Photographie François Lauginie

Projet pour une peinture, 1988
Carte postale et huile sur toile de lin
30 x 23 cm
Photographie François Lauginie


Carton d'invitation

Carton d'invitation

Palette, 1987
Peinture et étiquettes à fromage sur palette
Collection Emily Harvey Foundation


Emily Harvey


Emily Harvey (1941–2004) est une galeriste américaine engagée dans la scène expérimentale new-yorkaise, proche du mouvement Fluxus. Fondatrice de l’Emily Harvey Gallery à SoHo en 1982, elle soutient pendant plus de vingt ans des pratiques artistiques souvent peu commerciales — performance, mail art, vidéo, poésie — en accompagnant des artistes comme Nam June Paik ou Carolee Schneemann. Son espace fonctionne autant comme lieu d’exposition que comme lieu de vie et d’échanges. Après sa mort, son engagement se prolonge à travers la Emily Harvey Foundation, qui développe notamment des résidences d’artistes à Venise.

© Adagp, Paris