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Art Performances / Minute

Musée du Louvre
Commissariat Jean Dupuy
1978

Christian Xatrec — Tout d’abord, tous ces shows collectifs, ces performances à New York depuis une dizaine d’années… Alors pourquoi Paris maintenant, et pourquoi le Louvre ?

Jean Dupuy — Paris : d’abord parce qu’en janvier 1978, j’ai réalisé, avec vingt-quatre artistes vivant en France, une vidéo intitulée Artistes Propaganda, à Beaubourg. Cela m’a encouragé à venir « travailler » à Paris et en France. Pourquoi le Louvre ? Parce que cela offrait une situation qui permettait à des artistes non performeurs de faire une performance. Il s’agissait d’établir une relation avec une peinture : une action d’une minute liée à une œuvre choisie parmi les peintures du musée. Il fallait se limiter à une ou deux salles de la section peinture, pour des raisons pratiques.

X. — Comment es-tu entré en contact avec le Louvre ?

D. — Grâce à Beaubourg. D’abord, Jean-Hubert Martin m’a mis en contact avec M. Cuzin, du Louvre, que j’ai rencontré en juin. Celui-ci m’a donné l’autorisation de réaliser des actions dans la Salle des États et dans la Grande Galerie. Cette autorisation était accordée pour quarante artistes et des techniciens (pour la vidéo et les photographies), le 15 octobre suivant, un dimanche — c’est gratuit, et il y a du monde. J’ai donc invité quarante-cinq artistes, avec l’aide d’A. Lemoine. Au cours de l’été, nous avons reçu trente-neuf réponses positives. Or, vers le 20 septembre, quelques semaines avant les performances, Cuzin m’a annoncé que M. Landais (directeur des Musées de France) n’accepterait qu’une quinzaine d’actions, à condition qu’elles soient accomplies dans les règles imposées aux visiteurs du musée. C’est-à-dire : aucun droit d’apporter des objets, aucun bruit gênant, aucune action susceptible d’interrompre la circulation ou de choquer la morale, etc. J’ai accepté ces nouvelles conditions — je n’avais pas le choix ! — et j’ai envoyé une vingtaine de « synopsis » respectant les règles imposées, que j’ai rédigés moi-même, car je n’avais pas le temps de contacter les artistes. Évidemment, j’avais décidé intérieurement que nous serions trente-neuf et que chaque projet serait réalisé comme prévu le dimanche 15, sans la censure imposée par Landais, qui d’ailleurs avait repoussé la date au 16, un lundi. Donc, l’essentiel était d’obtenir l’autorisation. Mon affichette annonçait quarante artistes ! J’ai dû m’expliquer en disant qu’il y avait vingt artistes invités à réaliser des actions en collaboration avec vingt autres — les auteurs des peintures choisies dans les salles du musée. Vingt plus vingt : quarante. Ce qui nous a aussi aidés, c’est que deux artistes avaient déjà réalisé des actions au Louvre dans les années précédentes : Filliou et Cadere. De plus, Pontus Hultén et Germain Viatte ont soutenu notre demande afin d’obtenir l’autorisation de Landais.

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X. — Alors, cette journée au Louvre ?

D. — Je pense qu’il y avait environ trois cents personnes « spécialisées » et beaucoup de touristes, évidemment assez surpris. Il y avait beaucoup de tension, une menace constante d’intervention de la police, la circulation interrompue, puisque nous faisions asseoir les spectateurs pendant les actions. Une déception : l’absence de caméra vidéo. Je ne sais pas pourquoi ; nous a-t-on laissés tomber ? Une mauvaise surprise également : trois petites bombes fumigènes qui ont interrompu une performance et poussé la direction du musée à fermer brusquement la Salle des États. Malgré cela, nous avons poursuivi les actions dans une tension inimaginable. Finalement, vingt-trois actions ont été réalisées sur les trente-neuf prévues. La police était présente à la sortie, mais rien de grave, vraiment.

X. — Bref ?

D. — Une réunion d’artistes unique. Des actions très fortes dans une telle situation. Dommage que nous n’ayons pas eu la vidéo. Beaucoup d’artistes de province, de Paris et même de New York se sont rencontrés pour la première fois. Des contacts se sont noués. Le médium « performance » ou « action » a été compris, ce jour-là, par un certain nombre d’artistes en France — et par quelques touristes ! Enfin, un rendez-vous a été pris à New York pour l’avenir. À court terme, cependant, le « Louvre » est passé inaperçu ; l’événement a été étouffé.
Bizarre ?

Extrait de l'entretien avec Christian Xatrec paru dans le catalogue de Collective Consciousness (Art performances in the Seventies), édité par Jean Dupuy, en 1980

Les artistes invités : Martine Aballéa, Olga Adorno, Arthur Aeschbacher, César Cofone, Jacqueline Dauriac, Philippe Demontaut, Jean Dupuy, Charles Dreyfus, Léa Douglas, Robert Filliou, Timothy Hennessy, Jacques Halbert, Joël Hubaut, Tim Maul, Come Mosta-Heirt, Jacques Monory, Gregory Molnar, Andrew Moszynski, ORLAN, Jacques Ohayon, Martial Thomas, UNTEL, ...

Performance de Jacques Halbert. Habillé en chef, il lit un menu "ceriste" devant Les Noces de Cana de Véronèse.

Interruption forcée de Art Performances / Minute à cause des fumigènes posés par des étudiants dans la Galerie Médicis du Louvre et négociation de Jean Dupuy avec les responsables du Musée du Louvre.

© Adagp, Paris