Accéder directement au contenu principal du site

Le grand nez et autres perceptions

2022-2025

Depuis le début des années 2010, Pauline Toyer développe une pratique pluridisciplinaire (installation, peinture, photographie, dessin, etc.) où la sculpture – c’est-à-dire le rapport à l’espace, au point de vue – prévaut. Par glissements, par ricochets, elle sample les formes, les références, les objets. (...)

(...) Ainsi, aux côtés de l’objet industriel, parfois monstrueux, et de l’animal, le corps humain est suggéré dans de nombreuses œuvres, à l’exemple du bien-nommé Le grand nez (2024) : un organe en plâtre haut d’un mètre quarante, sorte de chaînon manquant entre le sphinx de Gizeh (2500 avant notre ère) et les Lemurenköpfe (1992) de Franz West. Rosa (2024) est quant à elle composée de deux sculptures qui évoquent tout à la fois des enceintes (si elles n’émettent pas de son, elles diffusent une lumière rouge), des guimauves géantes et une paire de seins ou d’yeux, peut-être, jusqu’à produire un carambolage entre formes industrielles et organiques à la manière d’un David Cronenberg dans les années 1980-1990. Parfois, le corps se métamorphose à la croisée de l’histoire de l’art et de la culture pop. Ainsi, dans Around me (2024), deux mains jointes, traitées en haut relief se joignent, qui rappellent toute une tradition de la sculpture en terre cuite vernissée. Mais un embout plastique de cartouche C.R.E.A.M. glissé entre les doigts, nous ramène brutalement dans le monde contemporain. Selon l’angle, les vides laissés au centre des poignets et des mains dessinent un masque horrifique, celui du célèbre film de Wes Craven, Scream (1996), dont une rumeur persistante dit qu’il a été inspiré par le non moins célèbre tableau d’Edvard Munch, Le Cri (1893). Comme si les strates hétérogènes d’une culture visuelle commune se trouvaient concentrées en une forme unique. Le travail de Pauline Toyer, traversé d’images et de matières en constante mutation, est affaire d’esprit autant que corps : « This is a mind trip, this is a body journey. »

Camille Viéville, extrait du texte A mind trip, a body journey, avec Pauline Toyer

À retrouver dans son intégralité ici

Le grand nez, 2024

/

Cave, 2022

Crayon de couleurs sur papier
35 x 42 cm

Rosa, 2024

Bois, plâtre teint, cuivre, led, câble audio
32 x 40 x 16 cm x 2
Exposition Rétroviseur
Photographie Objets pointus

Rosa se compose de deux sculptures en miroir. Exposées dans un château médiéval lors de l’exposition Rétroviseur, elles pourraient être les yeux du monument. Leur forme est celle d’une enceinte mais elles n’émettent pas de son. Elles sont reliées par un câble en cuivre et s’allument à la manière de deux veilleuses dans la nuit. Du centre émane un point de lumière rouge, brillant comme une luciole. Cette référence à une faune crépusculaire est appuyée par la matière charnelle. La valeur d’usage des objets industriels à laquelle elles renvoient se déplace, oscillant entre la domotique et le vivant.

Sonotone et crustacé, 2023

Coquille Saint-Jacques et sonotone
15 x 12 x 4 cm
Exposition Maxisoufre

To escape, 2022

To escape est une photographie en négatif insérée dans une caisse en plastique Ikea. Cette photographie montre un pied cherchant à s’échapper d’un torse poilu. Le cadrage resserré vient couper les corps des deux sujets, il isole une partie de sorte que la scène ne soit pas directement compréhensible. Le pied du photographe, donc mon propre pied, est maintenu par la personne photographiée, nous sommes à une jambe d’écart. L’idée de mesure est renforcée par la présence d’une caisse en plastique standardisée : un modèle très répandu, un best-seller, un format de référence. Dans un jeu de renversements successifs, la caisse renvoie au caisson lumineux puis par analogie formelle, au téléviseur.

/

© SAIF