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Air liquide

2021-2024

Around me, 2024

Céramique et embout plastique
35 x 22 x 10 cm

Around me est un bas relief en céramique. Présentée lors de l’exposition S’Habiter, cette oeuvre donne à voir des mains liées. Là où les bras se rejoignent, une seconde image apparaît, plus spectrale, évoquant l’archétype du fantôme, tel que vu dans le film Scream. Ces mains nous présentent dans un geste enfantin un embout du bout des doigts. Cet embout vient d’une cartouche de protoxyde d’azote CREAM, objet que je collectionne et intègre souvent dans mes oeuvres. Ces bonbonnes d’azote ont un double usage, initialement prévues pour faire de la chantilly, elles sont détournées en drogue par inhalation. Elles font maintenant partie du paysage urbain et sur leur passage témoignent de rituels nocturnes. Cette céramique, matière au caractère immuable, fait écho à des états vaporeux.

C.R.E.A.M, 2022

Bois, plâtre, roulettes, bonbonnes de protoxyde d’azote
100 x 60 x 30 cm

Cash Rules Everything Around Me
Collection de bonbonnes de protoxyde d’azote

Prise de vue réalisée avec la circassienne Camille Toyer
Exposition ...roulez plus loin, 2023, CCCOD, Tours

Air liquide, 2021

Installation

Techniques mixtes
Lit, bonbonnes de protoxyde d’azote, emballages plastiques, photographie, tissu imprimé, son
Dimensions variables
Pièce sonore : Celsian Langlois
Exposition ...roulez plus loin, 2023, CCCOD, Tours
Photographie François Fernandez

Pièce sonore Celsian Langlois

Exposition Format cabine, 2021, au centre d'art de Montreuil

Il y avait un lit de camp, où dormir aurait semblé inadapté. Ne faisait-il pas jour ? Quelle heure était-il, ici à Lille, et en même temps, là-bas à Mexico ?

Pauline Toyer avait patiemment composé les motifs de mon égarement. La chambre d’hôtel me revenait par bribe. La couleur des murs, des rideaux. Chaque soir, je luttais pour m’endormir et m’approprier ce lieu impersonnel chargé de vies d’inconnus débarqués avec leur propre bagage. Les paupières lourdes, j’entendais au loin le tremblement des basses sourdre : Pauline Toyer et Celsian Langlois avaient-ils capturé les sons sous l’eau ?

Air Liquide était à la fois le nom d’un groupe techno des années 80, et celui d’un leader mondial (appartenant au CAC 40) des gaz pour l’industrie et la santé dans le domaine de l’anesthésie, l’analgésie et les thérapies respiratoires. Je tentais de réunir les indices. Tout était emballé dans des sachets sous vide, comme lorsque l’on passe les dispositifs de sécurité à l’aéroport. Une Ventoline, des briquets, des médicaments, des pipettes, des autotests, des étiquettes... une manufacture du soin qui contrôlait bien davantage. Et à chaque fois, du plastique dans du plastique. L’air y avait été retiré. Société asphyxiante que l’on tente de conjurer par l’inhalation de gaz hilarant, dont les cartouches de proto ont été patiemment ramassées sur le pavé lillois par Julie Bernou. Mes poumons se compressaient. L’oxygène commençait à manquer. Contemplant les lignes droites, noires et blanches, d’un vulgaire code-barre, celui-ci m’apparut comme la clé d’une énigme à reconstituer. Suis le Lapin blanc, disait-il. J’inhalais les volutes d’une fumée épaisse pour me donner de la consistance et gonfler artificiellement ma poitrine. Ragaillardie, j’observais. Chaque chose a sa place. Une place que seule la logique des fictions borgésiennes aurait pu accueillir. Sous ma langue, la déliquescence d’un bonbon acidulé m’assimilait soudain à ce corps étranger qui, délicieusement, me vaporisait.

Air liquide
Texte de Marion Zilio dans le catalogue Format Cabine, 2021
Exposition au centre d'art de Montreuil

Détails de l’installation Air liquide

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Photographie François Fernandez

Pièce sonore : Celsian Langlois

© SAIF