L'eusses-tu cuit ?
Sur une invitation de Philippe Gasnier
1985
Guetter la fraîcheur d'un moment fragile
Pierre Giquel
Garder le silence devant un tableau c’est plutôt bon signe. Même et surtout quand, dans ce qu’offre ce dernier, on tente d’y assigner des mots, qu’on les met bout à bout, on retire son épingle du jeu, on le croit, mais le tableau est plus fort, et l’étranger en visite ; il lui coupe le sifflet, il l’assigne à résidence, il l’épuise sans bruit. Les tableaux de Jacques Halbert convoquent des rencontres, des enthousiasmes indiscutables, des commotions qui sont de pures jouissances.
Parce que le personnage a fait du calembour, du jeu de mots, du glissement des sons des outils pour nous convier à partager son immense rire légendaire, on a tôt fait d’oublier qu’outre la performance où il excelle, il déploie depuis plus d’une trentaine d’années une œuvre peinte. Avec un lien profond à l’histoire, ancienne et récente, où Chardin frôle Olivier Mosset, où Corot s’entretient avec Martial Raysse. Ces mariages-ci ne sont jamais laborieux, ils empruntent les voies du plaisir, ces mêmes voies où enfant il visitait sur une invitation paternelle les salles du Louvre pendant plusieurs jours. Orchestrant dans un tourbillon ce qui allait devenir l’Opéra des Cerises, un opéra à mettre en bouche avec mouvements joyeux, non pas chant du signe de la peinture, mais affirmation et incarnation. Il y a du chanteur chez Jacques Halbert, il avoue même imaginer la musique d’Erik Satie avec cors de chasse ! Mais il y a aussi du chanteur à exclamations réaliste, et surréaliste, et hyper, et tout simplement un bel inventeur d’inventaires de fruits et légumes.
Les premières Patates à fumer, réalisées en 1985 à la suite d’une performance à New York avec son ami Jean Dupuy et chez lui, relèvent certes d’une gageure mais s’inscrivent dans une rupture avec ce qui précédait. Il abandonne l’acrylique pour la peinture à l’huile, les formats prennent des dimensions plus petites, la toile de lin est rendue visible et le pinceau doit s’adapter à ce qui relève de l’enluminure. Convoquant l’histoire de la peinture, la touche se charge de révéler les enjeux secrets contenus dans l’acte de peindre. Car comme il l’affirme haut et fort : « peindre une pomme de terre qui ne chute pas en caillou atteste d’une véritable attention au sujet qui reste difficile car une pomme de terre n’a pas de forme ».
La patate à fumer, 1986, performance
Jacques Halbert pendant le vernissage L'Eusses-tu cuit
Photographie Philippe Gasnier
Photos de la performance
Film de la performance, Philippe Gasnier
Oeuvres
La patate à fumer (les bijoux de famille), 1986
Huile sur enveloppe et toile de lin
23 x 30,5 cm
La patate à fumer, 1986-1987
La patate à fumer, 1985
Huile sur toile de lin
23 x 30,5 cm
Photographie François Lauginie
La patate à fumer, 1986
Huile sur toile de lin
23 x 30,5 cm
Photographie François Lauginie
La patate à fumer (élégantes), 1986
Huile sur toile de lin
23 x 30,5 cm
Photographie François Lauginie
La patate à fumer, 1986
Huile sur toile de lin
23 x 30,5 cm
Photographie François Lauginie
La patate à fumer, 1985
Huile sur toile de lin
23 x 30,5 cm
Photographie François Lauginie
La patate à fumer cubiste, 1986-1987
La patate à fumer cubiste, 1986
Diverses techniques et collage
36 x 24 x 10,5 cm
Photographie François Lauginie
La patate à fumer cubiste, 1986
Diverses techniques et collage
36 x 24 x 10,5 cm
Photographie François Lauginie
La patate à fumer cubiste, 1986
Diverses techniques et collage
24 x 36 x 10,5 cm
Photographie François Lauginie
The swiss cigar holder, 1986-1990
Huile sur toile de lin
127 x 183 cm
Collection Éric Fabre
Invitation