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How to fuck a monochrom

Solo exhibition, Galerie Nadja Vilenne, Liège, Belgium
Curated by Nadja Vilenne & Jean-Michel Botquin
2018

Le paradis perdure

And since it persists, let us go back to the Genesis. The cherry first appeared in the work of Jacques Halbert in 1975, in the most incongruous way possible, repeatedly tattooing an azure-blue construction fence. One cherry per plank, all neatly aligned. The planks are irregular, but I like to imagine that they all shared a single width—8.7 cm, for example, a measurement that has now become highly conceptual.

Very quickly, the cherry moved onto the stretched canvas, where it found its proper scale. A year later, Jacques Halbert painted the letters of the word Plaisir (1975). René Magritte would not have disavowed this variation on The Treachery of Images, this staging of the interplay between statement, object, image, and named object.

The vermilion cherry is inhabited by delight, and “the sweetness wins us over,” writes Pierre Giquel, “we are in an edible region, the party is in full swing.”

In 1978, the artist confirmed this seemingly absurd idea, which reads like a manifesto of true madness, extravagance, exclusive taste — for the work is of good taste — and lively gaiety: “to paint cherries everywhere, all the time, and think of nothing else.” To think of nothing else: in uttering these words, there is already something deeply pleasurable at stake.

And as if there were a scent of obsession in the sense understood by Harald Szeemann, who was concerned, among other things, with closed circuits and “bachelor machines,” coercion through beauty, and edifices built by the Enlightened. Obsession, writes Harald Szeemann, is “a joyfully recognized unit of energy.”

For Jacques Halbert, this obsession takes a vaguely oval form, carmine and vermilion in color, extended on its left side by a streak of emerald green. Yes — the stem is also of great importance.

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(...) Le paradis perdure. D’autant que, coïncidence peut-être moins troublante qu’il n’y paraît, le panneau central du triptyque de Bosch est parsemé de cerises et autres baies rouges. Dans le ciel, un être hybride, mi-chevalier en armure mi-sirène, pêche la cerise, chevauchant un poisson volant en guise d’aéronef. À l’avant-plan, une femme nue porte deux cerises en guise de couvre- chef. À droite, sous la chouette, un couple danse et s’agite, gesticulant des bras et des jambes, enlacés de branches de cerisier. Nombreux sont les fruits de taille immense et les baies rouges sur le panneau central du Jardin des Délices, cette extension du paradis terrestre où un grouillement de nudités se livre à toutes sortes de divertissements charnels. L’humanité a les yeux plus grand que le ventre, n’envisageant pas d’autre destin que ces plaisirs et délices. La cerise, assurément, est fruit du Paradis, antidote à la pomme, cause du péché originel. J’ai vu le jardin paradisiaque peint par le Maître du Jardin de Paradis de Francfort : les femmes y cueillent les fruits d’un cerisier au double tronc enlacé. À l’instar de la fraise, de la framboise et du raisin, au paradis des sens, la cerise représente la nourriture des amants, symbole de sensualité et de volupté, corruptrice de la vertu. 

(...) Scandaleuse liberté, digne héritière de l’exubérance Dada, tendance Picabia. Et révolte supérieure de l’esprit. Celle-ci sied à Jacques Halbert qui, rappelons-le, se permit un jour en guise d’appropriation et d’hommage, d’apposer l’une de ses cerises sur un Picabia au musée. Comment, ici, ne pas rappeler le « Manifeste cannibale », la scansion de « Dada n’est rien. Comme vos paradis : rien ». « Y’a bon Picabia ! » bonimente, avec le rire de Jacques Halbert, le tirailleur sénégalais de Banania, peint sur le coffre de la Peugeot 403, version 1962, couverte de cerises, customisée dira-t-on, et aujourd’hui garée dans l’atelier de l’artiste. Oui l’empreinte de la cerise, au sens toronien du terme, s’applique partout. Elle contamine tout support et surtout se peint sur toile, cerise toujours dupliquée, jamais épuisée. Rarement solitaires, au moins par paires, souvent alignées, en quadrilles, essaimes, constellantes, les fruits sont à maturité. Il y a des « Cerises bleues sur fond bleu », des « Cerises blanches sur fond blanc », des « Cerises vertes sur fond vert », des « Cerises jaunes sur fond jaune » et, s’en doute, des « Cerises rouges sur fond rouge ». Le sujet résiste au fil des inlassables répétitions d’une même cerise. J’aime le protocole que Jacques Halbert établit dès 1975. Il tient la méthode ABC École de Paris « Comment peindre une cerise en huit étapes et temps de séchage », de la recette de cuisine, se teinte d’esprit Fluxus et remet dès lors en question avec impertinence l’absolutisme des positions des positions minimalistes et conceptuelles en vogue à l’époque, qu’il s’agisse, dans le paysage français du moins, du dogmatisme de Support/Surface ou du radicalisme de BMPT.

(...) On le constate : dans l’oeuvre de Jacques Halbert, nous sommes loin, très loin, d’une seule répétition d’un motif. C’est un geste simple, sans aucun doute. Encore fallait-il y penser. Le motif, ce qui fait l’objet d’une répétition de forme bien définie, régulière et continue, est ici ce qui catalyse une obsession, un univers, une façon de percevoir le monde et de le vivre. Dans le cas de Jacques Halbert, la cerise passe de l’état inerte à l’état vivant : « la matière qui l’a formulée, écrit Frédéric Bouglé, se fixe dans le geste de peindre entre agrégation et dissolution du sujet, entre sexualité suggérée et sensualité affirmée, entre culture culinaire, culture populaire et culture savante, entre, enfin, la joie prégnante d’un présent exalté et les temps jamais oubliés d’une cueillette passée ». L’artiste compose une partition aux multiples nuances, aux variations sans fin, conscient que c’est la peinture elle-même qu’il n’épuisera pas, se réjouissant que « le jus de cerise se prenne encore et toujours au jeu de la peinture à l’huile ».

Texte de Jean Michel Botquin, historien et critique d’art, auteur, éditeur.
Il anime avec Nadia Vilenne la galerie Nadja Vilenne à Liège. Il est l’auteur de nombreux essais sur l’art et de monographies. Ses intérêts le porte vers l’art du XXe siècle, des avant gardes historiques à la scène des années 70. 


HTFAM

Lacquer on canvas

HTFAM, 2017
Lacquer on canvas
27.6 × 19.7 in
Private collection
Photograph by François Lauginie

HTFAM, 2017
Lacquer on canvas
27.6 × 19.7 in
Photograph by François Lauginie

HTFAM, 2017
Lacquer on canvas
39.4 × 39.4 in
Photograph by François Lauginie

HTFAM, 2017
Lacquer on canvas
39.4 × 39.4 in
Private collection
Photograph by François Lauginie


Camouflage

Camouflage, 2017
Acrylic on canvas
39.4 × 39.4 in
Photograph by François Lauginie

Camouflage, 2017
Acrylic on canvas
76.8 × 51.2 in
Photograph by François Lauginie

© Adagp, Paris