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S'abandonner

Exposition personnelle
Galerie de l'École municipale des Beaux-Arts de Châteauroux
2025

Vue générale de l'exposition

Structure d'interconnexions, 2025
Feuilles de phormium divisées et nouées avec disque d'acier miroir,
200 x 110 x 110 cm

Astre#1, 2025
Tissage de cheveux
30 cm de diamètre

Le chemin de l'unicité, 2007
Dessin à la craie de chantier sur canson
80 x 100 cm

Grandes sanguines vibratoires, 2025
Sang menstruel sur papier
200 x 200 cm

Les matrices, 2025
Tressage de feuilles de phormium divisées sur socles d'acier
Dimensions variables

Structure d'alliance, 2024
Feuilles de yucca divisées et tressées
100 x 130 cm

Grandes sanguines vibratoires, de formats variables, 2025. Sang menstruel sur papier. 160 x 120 cm et 200 x 160 cm.
Les maquettes de chambres, 2025. Recherches d'architectures en triangles isocèles de bambou.


Performance

Isabelle Destombe-Divry

Interprétation d'un ensemble de poèmes de Laëtitia Bourget :
Poèmes de la forêt
jesuisuneterre
Phénoménologie,
Nous,
Écrire

45 min
2025

Au premier plan :
Une chambre pour se recueillir, 2025
Bambous et textiles recyclés
Construction collective in situ


Poème

Lecture le 20 mars 2025
Lors de l’inauguration de l’exposition à la galerie Duchamp, école municipale des Beaux-arts de Châteauroux

S’abandonner

Viens

Viens

Éloigne toi du vrombissement des moteurs
de l’agitation de la ville

Sens l’odeur qui t’appelle
l’air qui m’habite
chargé des essences

Sens la fraîcheur des parois
qui effleure ta joue

Entends le chuchotement continu des fluides
canalisés
Traverse l’espace jusqu’à sa source

Tes pas
amortis
comme sur la peau d’un tambour
Percutent le sol

Les fibres craquent
Les jonctions grincent
Tes articulations répondent
cheville
genou
hanche
Tu perçois les craquements jusque dans ton crâne

Tu déroules le pied à chaque pas
du talon aux orteils
Tu marques un arrêt
le pied droit rejoint l’autre
le gauche
dans un frottement de semelle
une caresse sur la surface

Ton poids
bascule d’un pied à l’autre
lentement
Le sol répond

Tu pivotes
oscillant
répète cette caresse de semelle
cette caresse délicate
en reculant
en tournoyant

Tu cherches un rythme
une musique du sol
la musique de ta rencontre avec moi

Tu observes le dessin des cernes
de l’arbre
des arbres
si larges
tranchés, plaqués et assemblés

Tu reconnais des tranches jumelles
installées côte à côte
comme en miroir

L’assemblage de rectangles
quadrille l’espace

Ondulations des cernes
Variation de teintes

Est-il possible qu’on ait tranché des arbres si larges
si robustes
si majestueux ?

Tu es troublée
par la beauté des ondes
organiques
qui te racontent la croissance
le déploiement de la vie

Son de la salive que tu avales
depuis la bouche
remonte vers les oreilles
puis tombe
s’engouffre
rejoint ce lac intérieur
entouré de parois chaudes et humides

Au dessus de toi
Résonnent les présences
d’autres pas que les tiens
percutent le sol
leur sol
ton ciel

La couche du dessus
millefeuille d’espaces empilés

Tu mesures le poids des matériaux
qui t’environnent
t’englobent
solidement organisés pour t’accueillir
pour créer cette enclave

Aujourd’hui je suis ta niche

Viens

Joins ce que tu es
ta voix
tes battements de coeur

Habite moi

Apporte le vent dans tes cheveux
chargé des senteurs de violette

Apporte le pépiement des oiseaux qui s’éveillent

le parfum âcre du feu que tu nourris encore
pour te réchauffer

la mélodie de la rivière qui s’écoule
près de ton nid

Apporte l’empreinte du rayon de soleil qui brunit ta peau

le rougeoiement du crépuscule que tu conserves au fond des prunelles
pour traverser l’obscurité

Laisse moi t’habiter
habiter ton souffle
tes gestes

Laisse moi tisser, tresser, tracer
Laisse moi nouer, entourer, crocheter
Laisse moi peindre avec toi

Laisse moi t’accompagner quand tu t’éloignes

Et reviens moi

Dépose
Partage

Habille moi
Un peu
Pas trop

Joins ta nudité à la mienne

Unissons nous