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roulez plus loin...

Exposition personnelle au CCCOD à Tours
Commissariat Delphine Masson
2023

La sculpture est le mode d’expression privilégié de Pauline Toyer, qui envisage cette pratique dans une conception très large en l'associant à d’autres médiums comme la photographie ou, plus récemment, le dessin. Ses œuvres naissent de la rencontre souvent fortuite avec des matériaux, des objets trouvés ou des images, dont l’artiste active le potentiel de transformation tout autant que les réseaux de sens et de narrations qu’ils mettent en jeu.
Toujours en mouvement, le travail de Pauline Toyer se déploie sur différents registres et selon des directions multiples, suivant le cours d’une pensée au cheminement rhizomatique. Procédant par associations d’idées et échos formels, ses œuvres jouent des déplacements et de décalages parfois infimes qui permettent des changements de points de vue. Ces perturbations invitent à réinterroger les habitudes de perception, les espaces qui nous entourent, l’architecture dans laquelle nous vivons et les usages que nous faisons des objets du quotidien.
Attentive aux enjeux sociétaux et environnementaux à l’ère du Capitalocène1, Pauline Toyer s’intéresse de près aux logiques productivistes de l’industrie, rapprochant les problématiques qu’elles soulèvent de ses propres processus de création.
À travers les objets qu’elle collecte et réinvestit, l’artiste interroge également les modes de consommation occidentaux et la profusion de produits qu'ils génèrent avant de les rejeter en masse. Une logique qui tend à transformer les êtres eux-mêmes en objets.

La notion de Capitalocène est très proche de celle de l’Anthropocène, qui désigne notre ère géologique caractérisée par des changements liés à l’activité humaine. Le Capitalocène prend cependant l’organisation capitaliste du monde, et non l'être humain, comme point de départ de la crise climatique.

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    La notion de Capitalocène est très proche de celle de l’Anthropocène, qui désigne notre èregéologique caractérisée par des changementsliés à l’activité humaine. Le Capitalocène prendcependant l’organisation capitaliste du monde,et non l'être humain, comme point de départde la crise climatique.


Jaune

L’énergie du soleil, l’aridité de matériaux bruts et sableux relient ces œuvres tout autant que la notion de regard et de point de vue. Le protagoniste d’une photographie observe l’étendue d’un paysage. Le point de vue est en plongée, pris depuis les hauteurs d’un relief qui n'est pas façonné par la géologie mais par l’industrialisation de l'énergie fossile, puisqu’il s’agit d’un terril du nord de la France (Terril, 2020). Sur un lit suspendu est peint le cheminement labyrinthique de circuits imprimés qui évoquent la robotisation du monde, innervé de connexions et de circulations invisibles (Sans titre, 2022). A l’instar de l’œuvre EXCELYOURVISION,(2021) orientée vers l'extérieur du centre l'art, deux sculptures forment des dispositifs optiques, des outils pour construire le regard et le point de vue (Mira et Acarien, 2022).

De gauche à droite
Sagacité, 2022 - Acarien, 2022 - Mira, 2022 - Terril, 2021 - Falling Asleep, 2022

Acarien, 2022
Platre, tissu et craie
40 x 30 x 15 cm

Mira, 2022
Bois, carton, plâtre peint, caisses plastiques
50 x 50 x 120 cm

Falling Asleep, 2022
Lit de camp, peinture acrylique, cuir
187 x 70 x 27 cm

Photographies François Fernandez


Vert

Derrière un filtre vert, la nature reprend-elle ses droits ou est-elle le jouet d’un regard qui la transforme selon ses désirs ? Sérigraphié sur la toile d’un lit de camp (Dorothy, 2022), un texte issu du « Magicien d’Oz » arbore cette idée qui résonne avec les promesses du green washing et sa propension à verdir l’économie capitaliste sans remettre en cause son impact sur l’environnement.
Reliés à l’architecture, des tuyaux de cuivre plongent dans un liquide, provoquant la formation d'un précipité chimique et créant une couleur. Dans ce réseau en circuit fermé, l’énergie domestiquée qui chemine dans les murs retrouve un état originel et vivant de la matière (Exchange Rates, 2018). Un étendard en lévitation réunit une image et un objet pour former une boucle de sens. La branche coupée par l’élagueur dans la photographie est aussi le support de l’image qui décrit sa chute (Corda, 2021).


Légendes

Dorothy
, 2022
Lit pliable sérigraphié
70 x 200 x 40 cm

Exchange rates, 2018
Verre béton cuivre, oxyde de cuivre
106 x 50 x 46 cm

Corda, 2021
Impression sur tissu, branche, métal, corde, guidoline
90 x 15 x 120 cm

Photographies François Fernandez


Blanc

Au premier plan à gauche Regard fantôme, 2021 et à droite Sonotone et crustacé, 2023
Au fond L’air vert, 2022
Photographie Francois Fernandez

Au premier plan
Regard fantôme, 2021

Sur le mur : Sonotone et crustacé, 2023
Dans l'espace : Drawer, 2022
Caisses plastiques, couverture, photographie
43 x 30 x h 100 cm

Le dos de la coiffeuse, 2018
Technique mixte, miroir, photographie
50 x 35 x 55 cm
Photographie François Fernandez

Dans la plus longue des galeries règne une ambiance fantomatique dominée par le blanc. Une nuance qui caractérise de nombreuses œuvres de l’artiste en lien avec l’architecture. De part et d’autre de la galerie sont installées deux sculptures emblématiques de son intérêt pour l’espace construit, qui façonne les déplacements, les passages des corps et de la vision. Percé de quatre ouvertures, Regard fantôme (2021) organise la circulation du regard. À mi-chemin entre la maquette et le mobilier, Le dos de la coiffeuse (2018) met en espace un cheminement perceptif nous amenant à découvrir l’intimité d’un geste et d’un corps dans le reflet du miroir. Une série de dessins récents introduit les développements de l’imaginaire dans le travail de l’artiste, qui explore plus particulièrement le dépassement des sens et de la perception (Série Sagacité, 2022). D’autre œuvres fonctionnent sur un registre plus brut, se réduisant parfois au principe surréaliste de la rencontre improbable entre deux éléments pour former une nouvelle image (Sonotone et crustacé, 2023).

Détail
Sonotone et crustacé, 2023
Coquille Saint-Jacques et sonotone
15 x 12 x 4 cm


Bleu

Empruntant le nom d’un groupe techno des années 80 et celui du leader mondial des gaz pour l’industrie et la santé, l’installation Air liquide (2021) évoque tout autant les états vaporeux d’une perception flottante que la raréfaction de l’air dans une société qui génère sa propre asphyxie. Des déchets plastiques, patiemment collectionnés et mis sous vide, sont replastifiés. Dans les creux du lit s’insèrent de petites bonbonnes de protoxyde d’azote dont l’usage initial (faire de la chantilly) est aujourd’hui détourné comme gaz hilarant, dans une fuite en avant vers des états modifiés de la conscience. Dans l’ambiance impersonnelle de chambre d’hôtel parviennent les échos altérés des bruits du monde (création sonore de Celsian Langlois). De l’autre côté de la cloison, un mobilier hybride porte la version augmentée des cartouches de protoxyde (C.R.E.A.M, 2022). Tout autour se déploie un univers habité. Le corps fait son apparition à travers la photographie, mais aussi le surgissement, par ellipses et fragments, de personnages imaginaires réduits à un signe : un oeil, une tête ou un pied.

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Dans l'espace C.R.E.A.M, 2022
Bois, plâtre, roulettes, bonbonnes de protoxyde d’azote
100 x 60 x 30 cm
Photographie François Fernandez

© SAIF