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Nicolas Hérubel

Dominique Aubé

Quelle soit mythique, scientifique ou poétique, la pensée qui nourrit l'imaginaire de Nicolas Hérubel reste cependant celle du quotidien, de l'ordinaire, celle qui relève de l'exceptionnel mais de l'expérience commune à tous les hommes.

Aurait-il compris très tôt qu'en chacun de nous résonnaient, duels, ces expériences mi-individuels et mi-collectives qui nous façonnent. Il a cherché à leur donner limites et formes en jouant non plus, comme ses pièces le révèlent, sur leur opposition mais sur le principe de la complémentarité, de la compénétration, de la symbiose même à laquelle ses dernières œuvres inspirent. Ainsi l »ensemble repose non sur l'unicité mais sur l'accumulation.

Nicolas Hérubel procède par assemblage, complexe parfois, dans ses premiers travaux en particulier. Ils ne s'avèrent cependant jamais hétéroclites. On y sent le désir constant d'unir les plus vastes sensations : des sensations astronomiques aux détails les plus imperceptibles de l'infiniment petit, des aspirations les plus hautes aux réalités les plus quotidiennes, avec un sens des masses et des matières que les mots peinent à restituer.

Ce jeu des contraires entraine une sorte de mouvement de bascule d'une pièce à l'autre qui voudrait faire naître la vérité de chacune, des contraintes de la confrontation ou de la contradiction comme si la liberté ne pouvait provenir que de la somme des contraintes dépassées.

Comme il en advint pour l'artiste lui-même sans cesse confronté au problème de l'origine des choses. Souvent les matériaux s'accrochent, se gènent, s'atteignent et se croisent eux-mêmes sous le signe de l'harmonie ou de la discordance, de la ressemblance ou de la dissemblance, de la beauté ou de sa perte.

D'une manière identique, l'artiste qu'il ait ou non rejeté tout académisme, se retrouve, lors de la réalisation de ses pièces, quasiment harcelé par leur origine, poursuivi, hanté par leur histoire. Au point de ne plus savoir d'où vient la force qui l'anime ou qui l'agit, l'envahit de désespoir ou de bonheur.

Nicolas Hérubel aimerait ne rien perdre de la vie : ni son sens cosmique, ni son sens tellurique, ni son sens humain, ni son sens divin non plus. Pour éclaircir ces multiples énigmes, il emploie un double jeu : un incomparable jeu d'interférences avec la lumière, un lancinant jeu de mémoire avec l'espace. Ce n'est en effet que parvenir à la lumière que la matière peut exister. Mais à quelle lumière doit-il parvenir pour être tout simplement ?

Il a parcouru d'immenses contrées à la recherche de cette vérité : celles des temps immémoriaux en quête des gestes traditionnels, de la mémoire des astres ou de celle des hommes jusqu'à ce qu'il se trouve sur le chemin de Rome où est rassemblée en strate ou éparse la gigantesque collection d'œuvres qui constituent le patrimoine de l'art occidental.

Par bonheur oserait-on dire, Nicolas Hérubel n'avait pas de projet autre que celui de la disponibilité, autre que le désir de se laisser immerger par la Ville. Et curieusement il en ressort des œuvres très picturales telle la bicyclette aux accents Balthusiens ou ses Dispositifs « Grands travaux » tout à la fois exaltation et mise en garde ironique contre le risque d'un trop grand raffinement esthétique qui serait annonciateur de mort.

Car de même qu'il accepte la complexité de la vie humaine, de même accepte-t'il d'en rendre compte sans tricher et sans rien oublier puisqu'il peut passer désormais du mythe à la réalité et inversement sans ambiguïté.