Accéder directement au contenu principal du site

Dispositif 1,3,4

Une invitation au voyage

S'il est trop tôt pour parler d'exposition rétrospective à propos de l'œuvre d'un artiste de 33 ans, il n'en reste pas moins que retracer le parcours de ses douze premières années peut nous permettre de mieux appréhender ce qui l'anime. Tel est le cas de l'exposition que consacre à Nicolas Herubel le Centre d'art contemporain de Darnétal.

Originaire de Rouen, Herubel vit et travail à Dieppe depuis cinq ans. Son travail, que nous avions signalé l'automne dernier alors qu'il était pensionnaire de la Villa Médicis à Rome, semble vouloir opérer la synthèse de la formule de Beuys : « L'homme est sculpture» et celle de Warhol : « je veux être une machine. »

L'œuvre de cet artiste se développe en effet autour d'une réflexion sur les limites du corps en rapport avec ses dimensions, sa faculté au déplacement et sa mémoire. Machines anthropomorphiques, mains courantes, tables d'orientation et autres dispositifs en constituent l'inventaire. Ici et là, Nicolas Hérubel, le corps à l'œuvre.

Avec ses premières pièces, notamment sa Panoplie de 1980, sorte de parure autobiographique et ambulante, Hérubel semble vouloir prendre les devants de l'inévitable fossilisation du temps.

Mettant ensuite en œuvre toutes sortes de sculptures graphiques, il quête littéralement après l'espace entrainant son corps à suivre le jeu complexe de leurs arabesques. Il y va à chaque fois d'une sorte d'élan vital et risqué quoique la spirale y soit employée à suggérer une libération potentielle.

Le voyage à Rome fut l'occasion pour l'artiste de faire le point et de procéder à une récapitulation du parcours effectué. Il s'agissait, dès lors, non plus de s'échapper de se rassembler afin de mieux s'inscrire dans l'histoire. Non plus fuite en avant mais prise en compte du présent. Pour ce faire, Hérubel imagina différents dispositifs qui ne sont pas sans faire songer à certaines machines utopiques, dans les grandes traditions de Léonard de Vinci à Duchamp.

Ainsi cette curieuse Imprimante (1980), virtuellement chargée de cristalliser l'espace dont le corps qui la tire est à l'origine ou bien encore cette élégante Visionneuse (1991) que l'artiste trimbale d'un lieu à l'autre pour en capturer les humeurs.

Ludiques et inventives, les machines de Nicolas Hérubel s'offrent à voir finalement comme des constructions tout à la fois mentales et poétiques qui nous invitent à l'aventure. Elles sont une manière de grand voyage.

Philippe Piguet, La Croix, rubrique L’évènement


Photo : Nicolas Herubel, Jacques Hœpffner

Essai sur le mouvement perpétuel, 1990

Lieu de réalisation : Atelier Dieppe

Installation composée de 3 éléments :
Tube acier, acier laminé type main courante, roues en bois, cordage

Dimensions : H : 3,70m, L : I,40 m  ; l : 1,20 m


Collection privée : Galerie Moussion


Photos : Vasari, Denis Pilet, Max Armengaud, Nicolas Herubel

Imprimante
dispositif n°1, 1990

Lieu de réalisation : Atelier Dieppe

Sculpture en 2 éléments :
Acier, ballon-sonde, hélium, poudre de minium, limaille de fer
Dimensions : H. : 0,60 m ; L. : 0,90 m ; l. 1,00 m


/

Photos : Nicolas Herubel, Denis Pilet.

Visionneuse
dispositif n°3 associé à Projectionneuse, 1991

Lieu de réalisation : Villa Médicis, Rome

Installation composée d’un élément central et d’une collection de disquettes en plâtre acier, plâtre

Dimensions : H.:1,70m; Ø:1,07m

Collection Galerie Moussion


Photos : N. Hérubel

Projectionneuse
Série des dispositifs
associée à Visionneuse, 1991

Lieu de réalisation : atelier Dieppe

2 étagères bois en angle, 9 chaises, disquettes en plâtre
Projectionneuse en 2 éléments

Dimensions : H: 1,55m , L: 1,00m , l:0,70m

Collection Galerie Moussion


Photo : Nicolas Herubel

Détails

... Et la terre de tourner... Hommage à Galilée
dispositif n°4, 1991

Lieu de réalisation : Villa Médicis, Rome

Bicyclette, acier, marbre, miniatures au 1/43° d’une Fiat 500 et d’un Scooter

Dimensions : H.: 2,25m; L.: 2,20m; l.: 2,00m

Collection privée : Fondation Doux


Après dix ans d'un travail marqué d'étapes successives, où le corps apparaît comme « objet et sujet du travail », après un séjour à Rome, à la Villa Médicis, Arrêt sur l'Œuvre.
Corps présent, dans la série des « Machines », qui à la fois entravent et aident le mouvement, construites à sa propre mesure, pour donner forme à son identité.
Corps suggéré, dans les séries postérieures d'objets fabriqués, où l'utilisation de matériaux connotés comme la « main courante » et la « tôle larmée » appellent un usage, une action potentielle : un parcours vital, dont le corps sert de référent comme pour « contrôler cet espace et en vérifier l'harmonie, un peu comme le nombre d'or ».
À Rome, il a voulu rompre avec la linéarité de son évolution, se « départir de réflexes formels », acquis au travers de l'utilisation répétée de matériaux identiques. L'évocation de la présence physique dans un espace construit, ou la présence active de Corps, qui pendant un temps avait disparu de ses œuvres, se retrouvent ici.
Il tente d'accorder l'objet fabriqué avec la présence du Corps pour « comprendre les imbrications entre les composantes de l'être, celles qui viennent des gestes du travail comme celles, éminemment spirituelles, qui « conçoivent »
Trouver « les points d'accord », « l'esquisse d'un futur ».

Amanda CRABTREE

Style de ville, Villa Medicis, Rome, 1991, Arte, extrait