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Fonction inconnue

Série de dessins, 2022-2024

Fonction inconnue #5, #4 et #3, 2024. Crayon de couleurs, graphite et papier, 30 x 40 cm.
Vue de l'exposition Inspiré.e.s - Acte 4, Centre d’Art Contemporain l’Ar[T]senal, Dreux, 2024. Commissaire Lucile Hitier.
© Photographie Estelle Lutaud

La question de comment s’organise la matière fascine. L’approche du physicien qui consiste à jouer d’une correspondance entre le visible et l’invisible, amorce une mise en concept de la matière. Intéressée par cette idée et par d’autres recherches en astrophysique, je cherche à montrer certaines zones interstitielles et le lien étroit existant entre l’infiniment grand et l’infiniment petit. Il suffit de se figurer qu’une même mécanique régit à la fois le tumulte des terribles nuées à la surface de Jupiter et les délicates volutes irrisées que l’on peut apercevoir au microscope à la surface d’une bulle de savon.
Songer à l’odeur des étoiles et du silex.
De la même manière, on sait aujourd’hui que ce sont les éléments de l’univers lointain qui déterminent le vivant de manière locale. En cela leur histoire est similaire : la combinaison de petits éléments mène à des structures plus complexes. La théorie, mais aussi les images, montrent comment la matière s’ordonne à partir d’un niveau chaotique vers des formes qui donnent la vie¹.
La série Fonction inconnue s’attache à la dense pensée poétique de l'Origine [avec majuscule] – des origines concomitantes. L'intitulé se réfère au langage mathématique qui traduit en équations la beauté du monde. Par le jeu de variations de traitement du trait et de techniques, les matières s'entremêlent. Ainsi, s’animent sur le papier détails macroscopiques et flous lointains, observable et incommensurable.

Du volcan naît la nébuleuse. Du vide surgit le magma.

Les dessins réalisés au graphite sont autant de nuées, d’amas et d’agrégats d’astres. Ils sont le lieu d'une révélation sensible, de fictions d'espaces et d’entremêlement d’états de la matière, d’artificiel et de naturel. Les surfaces sont identifiées comme des espaces ouverts, des projections dilatées aux dimensions cosmiques ou réduites à un bouillon de culture.
Les dépôts successifs sur le papier de poudre de graphite renvoient à l’émulsion photographique argentique. Le dessin se fait chambre noire. À la manière de la tempera ou de l'aquarelle, les pigments en poudre sont mêlés aux liants. L'eau est le maître composant. Sur le support baigné, la poudre pigmentaire se dépose alors tant de manière aléatoire que volontairement, donnant à l’image une première ossature. À partir de ce squelette d’ombre et de lumière et par un processus d’approximation très lent d'abord au pinceau, puis à la mine, le dessin vient accentuer la suspension de la forme.

¹ Petits voyages dans le cosmos d'Hubert Reeves, entretien radiophonique avec l'astrophysicien Hubert Reeves, par le philosophe des sciences Etienne Klein – « La conversation scientifique », émission du 22 février 2020, France Culture

Fonction inconnue #3, 2024. Crayons de couleurs, graphite et papier, 30 x 40 cm.

Fonction inconnue #5, 2024. Crayons de couleurs, graphite et papier, 30 x 40 cm.

Fonction inconnue #4, 2024. Crayons de couleurs, graphite et papier, 30 x 40 cm.

Fonction inconnue #2, 2023. Crayons de couleurs, graphite et papier, 30 x 40 cm.

Fonction inconnue #1, 2022. Crayons de couleurs, graphite et papier, 30 x 40 cm.

© Adagp, Paris