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L'attente au bord du cercle

Exposition personnelle

Galerie Anne-Sarah Bénichou, Paris

du 13/02 au 16/03/2026

Ce jardin qu’on garde, 2026

Crayon de couleur sur papier, 40 x 50 cm.

© Massinissa Selmani

Pour cette nouvelle exposition à la galerie, Massinissa Selmani réunit un corpus unique et inédit constitué d’œuvres sur papier et de sculptures, mais aussi d’interventions dans l’espace. Le dessin comme toujours est au cœur du travail, en tant que vecteur d’imaginaire et représentation formelle mais pas uniquement. La sculpture fait elle aussi dessin. Le dessin s’invite dans l’espace et il devient alors un langage à part entière qui construit une forme, un vocabulaire, un imaginaire à part entière. Le dessin crée une pensée qui lui est propre.

La quinzaine de dessins présentés dans l’exposition ne cherche pas à créer un ensemble homogène. Certains portent en eux des résonances politiques, des échos discrets du monde tel qu’il vacille. D’autres s’ouvrent à des zones plus énigmatiques, où le réel se décale légèrement, où un souffle, une ombre ou un soupçon — comme dans L’ombre de l’été est incertaine ou Le mystère se noue ailleurs — deviennent matière à penser. Cette coexistence n’est pas un écart : elle est la manière même dont les images se construisent ici, traversées par plusieurs régimes d’attention.

Le cercle dont il est sujet dans le titre de l’exposition n’est pas une forme mais une position. Être au bord, c’est se tenir dans un état d’attente active, là où les récits possibles se condensent sans jamais se fixer. Les dessins fonctionnent comme des fragments, des seuils, des scènes suspendues. Ils laissent affleurer des indices, des gestes retenus, des tensions minuscules qui déplacent la lecture. Dans cette économie de moyens, chaque élément compte : une ligne, une absence, un déplacement infime suffisent à faire basculer l’image vers un autre régime.

Une dimension métaphysique discrète traverse l’ensemble — perceptible dans des titres comme L’heure claire ou Élan en attente d’espace . Elle affleure aussi dans les deux sculptures, où un mot posé sur une structure minimale semble retenir ou relancer le temps. Ces pièces agissent comme des ponctuations: elles ne commentent pas les dessins, mais les prolongent dans un autre espace, celui d’un langage tenu, entre suspension et élan. À cette tension s’ajoute une forme de légèreté — une manière de laisser les images respirer, de ne jamais les enfermer dans un sens unique.

L’attente au bord du cercle propose ainsi un ensemble hétérogène et pourtant cohérent, où le politique, l’onirique et le métaphysique cohabitent sans hiérarchie. Les œuvres invitent à se tenir, comme elles, dans cet espace intermédiaire — là où apparaissent les signes d’une menace latente dans un monde qui se déploie, et où quelque chose, peut-être, est sur le point d’advenir.

  • Texte issu du dossier presse -